Associez les mots “ink” (encre, en anglais) et “october”, secouez un peu et voilà un beau néologisme : Inktober. Ce défi a pour but de créer un dessin par jour, du 1er au 31 octobre, en suivant un thème précis. Les artistes qui s’y engagent peuvent publier leurs œuvres sur les réseaux sociaux pour partager leur passion avec le #inktober.

Créé en 2009 par le dessinateur Jake Parker, l’Inktober est rapidement devenu populaire : des écrivains, des poètes, des musiciens y participent aussi ! Mais, en 2019, Parker décide de déposer la marque Inktober. Voici sa raison :

Une de mes plus grandes peurs est que ce challenge que j’ai créé pour promouvoir la créativité et renforcer les liens entre les artistes pourrait être utilisé pour appeler à la haine et à la violence.

En effet, si quelqu’un avait voulu vendre, par exemple, des t-shirts avec un dessin Inktober discriminant (raciste, homophobe, antisémite…), Jake Parker aurait été en tort car c’est son mouvement. Pire encore : toute la communauté Inktober aurait été associée à cette discrimination. Le dessinateur propose alors quelques précautions pour pouvoir utiliser le nom “Inktober” : il est recommandé de ne pas utiliser le logo mais plutôt d’ajouter l’année du mouvement (par exemple : #inktober2019).

Mais plusieurs artistes ayant gagné en célébrité grâce à ces défis se sentent trahis car, en créant la marque, Parker devient propriétaire de tous les dessins Inktober. La communauté de dessinateurs pourrait alors être accusée de plagiat, s’octroyant et publiant des œuvres qui ne sont légalement plus les leurs. Certains artistes, inquiets pour leurs droits d’auteurs, décident, donc, de boycotter Inktober.

Au même moment, le dessinateur est lui-même accusé de plagiat par l’artiste Alphonso Dunn : le livre sur les techniques d’encrage publié par Parker, Inktober all year long, montre beaucoup (trop) de similitudes avec l’un de ses propres livres. Dunn sort une vidéo de 1 heure sur Youtube pour comparer les deux livres (https://www.youtube.com/watch?v=bG3ENcAdWBM).

A cause de ces polémiques, l’édition 2020 est quelque peu passée à la trappe et plusieurs listes alternatives sont apparues sur la Toile (oui, la rédactrice est fière de cette blague), comme l’Artober, le Witchtober, le Drawtober… La liste officielle, bien que très compliquée à trouver, a beaucoup inspiré les dessinateurs. Voici les défis du mois :

  1. Poisson
  2. Mèche
  3. Volumineux
  4. Radio
  5. Lame
  6. Rongeur
  7. Chic
  8. Dents
  9. Lancer
  10. Espoir
  11. Répugnant
  12. Glissant
  13. Dune
  14. Armure
  15. Avant-poste
  16. Fusée
  17. Tempête
  18. Piège
  19. Étourdi
  20. Corail
  21. Dormir
  22. Chef cuisinier
  23. Déchirer
  24. Creuser
  25. Copain
  26. Cacher
  27. Musique
  28. Flotter
  29. Chaussures
  30. De mauvais augure
  31. Ramper

En l’honneur du mois de l’art, voici une interview d’une dessinatrice du lycée, Juliette Mercadal, en première :

Investigation : Quand as-tu débuté le dessin ? As-tu commencé Inktober en même temps ?

Juliette : J’ai commencé à dessiner en 2018, j’étais en troisième. J’ai fait mon premier Inktober la même année. D’abord, je me suis aidé de vidéos sur Youtube pour avoir le coup de crayon puis, lorsque je me suis senti plus à l’aise, j’ai commencé à faire mes propres personnages et à améliorer mon style. Finalement, je me suis rendu compte que je ne pouvais plus m’arrêter !

Investigation : En parlant de ton style, pourrais-tu le décrire ?

Juliette : Je dirais que c’est du semi-réalisme ; les proportions, les lumières se rapprochent de la réalité mais avec une grande inspiration de comics américains, de bandes dessinées et de mangas… même si j’essaie de m’en détacher.

Investigation : Le fait de devoir suivre une liste de thèmes chaque jour est-il plutôt stressant ou motivant ?

Juliette : C’est extrêmement stressant ! Après 3 ans, je n’ai toujours pas réussi à finir le challenge. La première année, j’avais pas mal de temps pour le faire, alors j’ai tenu jusqu’au vingtième jour. En seconde, mes dessins étaient moins travaillés parce que je n’avais pas beaucoup de temps à consacrer à l’art. Je me suis mis une pression monstre pour faire mieux que l’année précédente mais j’ai fini par abandonner au vingt-et-unième jour. Cette année, pour avoir le temps de le faire, j’ai commencé le 15 septembre (j’ai un peu triché) mais je n’ai fait que 11 jours de dessins : je ne veux pas que la pression que je me mets me dégoûte du dessin. Justement, quand on adore ce qu’on fait, on dessine déjà presque tous les jours, le seul changement est la technique utilisée et le thème imposé. Cela peut même être vraiment inspirant, et pas seulement pour Inktober !

Investigation : Que penses-tu de la polémique sur Jake Parker ?

Juliette : Je pense que le destin n’a vraiment pas été tendre avec lui ! Il y a beaucoup d’éléments contre lui mais il n’a juste pas eu de chance. Il a justifié pourquoi il a breveté Inktober, cela ne change absolument rien au challenge. Au contraire, il l’a créé pour faire du partage et de la création, alors jamais il ne pourrait se permettre de s’approprier les œuvres des autres pour se faire de l’argent, il gagne déjà assez bien sa vie ! Pour le plagiat d’Alphonso Dunn, il faut prendre en compte que tous les livres d’encrage se ressemblent, on utilise les mêmes outils, les mêmes techniques… S’il accuse Parker, Dunn doit aussi accuser les autres dessinateurs qui ont publiés ce genre de livres. La seule défense de Jake Parker face à la vidéo qui le dénonce, c’est un tweet de 20 mots, ce n’est absolument pas égal ! Donc, je ne vois pas pourquoi d’autres artistes le boycottent, je le soutiens complètement !

Investigation : Travailles-tu sur un grand projet de dessin ou fais-tu selon tes envies ?

Juliette : Je fais un peu des deux ; j’ai imaginé une histoire mais je ne suis qu’au début du projet. C’est plutôt complexe, il faut faire les illustrations, les chara designs (character design = carte d’identité de chaque personnage de l’histoire, avec son physique, sa psychologie, son passé…), l’écriture du scénario, les planches de BD. Je n’ai fait que la présentation des personnages principaux et on est encore loin de la parution de la bande dessinée mais, un jour, tout sera terminé ! La plupart du temps, je mets ces personnages en scène selon mes envies et je fais des dessins qui me plaisent. Quand je travaille sur ce projet, il faut que je change au bout de 2 heures pour ne pas me décourager. Donc, j’ai généralement plusieurs dessins en même temps et je bascule de l’un à l’autre pour ne pas toujours faire la même chose.

Image par Rudy and Peter Skitterians de Pixabay 

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