Le confinement n’est facile pour personne. Du lycéen au chef d’entreprise en passant par l’employé et les soignants, Investigation vous brosse des portraits à travers la crise.

– recherches menées par l’équipe avec l’aimable participation des interviewés

 

CHEF D’ENTREPRISE.

par Gaëlle DIDIER, cheffe d’entreprise dans le bâtiment

Comment parvenez-vous à gérer votre entreprise face à la crise ?

Difficilement, on vit au jour le jour. Il a fallu s’adapter face à cette situation d’urgence, nous n’étions pas préparés à ce genre de crise.

Quelles mesures avez-vous mises en place face à la situation actuelle ?

Nous avons dû fermer la société dans un premier temps, puis réfléchir à la mise en place d’un plan de continuité pour reprendre notre activité, différemment, en respectant de nouvelles mesures de sécurité pour nos salariés et nos clients.

Quelle est la situation de vos employés ?

Soucieux de la santé de notre collaborateur, nous l’avons mis dans un premier temps en congé et, dans un second temps, nous avons demandé le chômage partiel, qui a été accepté.

Arrivez-vous à tenir vos finances ? Disposez-vous d’aides de l’État ?

Pour l’instant oui, mais l’impact sur notre trésorerie va se ressentir très prochainement, dans les mois à venir. J’ai dû demander le report des loyers de certaines locations en crédit, ce qui m’a été accordé le jour même par ma banque. Nous continuons à payer nos fournisseurs car il est très important de ne pas rompre le climat de confiance que nous entretenons depuis des années. Nous ne disposons d’aucune aide de l’État, nous ne rentrons pas dans leurs critères d’attribution assez restreints.

Plus personnellement, quel est votre état d’esprit quant à votre société ? Quels changements dans votre vie la crise pose-t-elle ?

J’ai très peur pour la suite, nous n’avons aucune visibilité. Cette crise génère beaucoup d’anxiété et de questions auxquelles nous n’avons pas de réponse à ce jour.

 

SECTEUR SANITAIRE.

par Joël OUSTRIC, infirmier cadre de santé ; et Pascale OUSTRIC, infirmière départementale

Image par Michal Jarmoluk de Pixabay en ligne sur https://pixabay.com/fr/photos/laboratoire-analyse-chimie-2815641/

Que pensez-vous des conditions dans lesquelles vous travaillez?

Joël OUSTRIC – Je pense que dans l’hôpital où je travaille, toutes les conditions de sécurité ont été mises en place et ce bien avant les recommandations gouvernementales (masques, solution hydro-alcoolique, sur-blouses, etc.).

Pascale OUSTRIC – La majorité de mon travail est basé sur le télétravail mais avec mes moyens personnels, la pluridisciplinarité fait défaut.

Quelle est la situation de l’hôpital à l’état actuel?

Joël OUSTRIC – Certains hôpitaux sont sous tension, manque de lit, de personnel, de médicaments etc. Ce n’est pas le cas sur le Tarn-et-Garonne ni sur l’ex Midi-Pyrénées où ne nous sommes pas trop impactés par le pandémie.

Personnellement, quel est votre ressenti face à la situation? Quels changements dans votre vie ont eu lieu ?

Joël OUSTRIC – Le confinement nous impose une autre manière de vivre, cela nous amène à réfléchir à nos souhaits, à nos manières de consommer et à nos relations.

Pascale OUSTRIC – Le confinement me fait réaliser à quel point j’ai la chance d’avoir un métier et m’amène à penser qu’un retour aux fondamentaux est nécessaire : amitié, respect, solidarité.

Comment assurez-vous la garde de vos enfants?

Joël OUSTRIC – Mes enfants sont grands, relativement autonomes et j’ai la chance d’avoir une femme qui est en télétravail et se rend disponible pour eux.

Pascale OUSTRIC – J’ai la chance d’avoir des adolescents sérieux en qui nous pouvons avoir confiance pour le respect du confinement pendant que nous travaillons.

Quelles mesures préventives nous recommanderiez-vous?

Joël OUSTRIC, Pascale OUSTRIC -. Confinement, port du masque, distanciation sociale, respect du confinement.

Êtes-vous inquiet quant à votre exposition potentielle et donc celle de vos enfants au virus?

Joël OUSTRIC – Je suis inquiet mais je reste convaincu que les mesures barrières , le confinement et les mesures de protection dont je dispose sont un atout pour éviter la transmission du virus à ma famille.

Pascale OUSTRIC – Je suis plus inquiète pour mes enfants que pour moi-même.

 

EMPLOYÉ CONFINÉ.

par Isabelle, tourneur

Arrivez-vous à gérer la situation ? Quelle est-elle ?

La situation du confinement est plutôt gérable, sauf lorsqu’il faut aller faire les courses, car il est difficile de se procurer l’équipement nécessaire pour se protéger du virus (masques, gants,…)

Quelles mesures votre employeur a-t-il mises en place ?

Il a mis en place des mesures de sécurité telles qu’une distribution quotidienne de deux masques ainsi que de deux paires de gants, un sens de circulation dans les allées et une désinfection des machines et des outils obligatoire après chaque utilisation.

Pouvez-vous toucher le chômage partiel ou des aides ?

Je peux toucher le chômage partiel mais, dans mon cas, je suis en arrêt de travail car je suis une personne à risque. Concernant les aides, je perçois seulement celles de l’assurance maladie.

Quels changements dans votre vie cela pose-t-il ?

Il est assez pénible et compliqué moralement de rester enfermée tout le temps chez moi, j’aimerais bien reprendre mon travail, et surtout reprendre une vie normale.

Personnellement, quel est votre ressenti sur la situation actuelle ?

C’est une situation plutôt angoissante, j’espère qu’elle va vite s’arranger car elle est pour le moment oppressante.

 

EMPLOYÉ SUR SITE.

par Frédéric,  fraiseur sur métier

Image par Michal Jarmoluk de Pixabay en ligne sur https://pixabay.com/fr/photos/cintreuse-travail-machine-2819137/

Arrivez-vous à gérer la situation ? Quelle est-elle ?

Voilà maintenant bientôt 2 semaines que nous avons repris partiellement l’activité industrielle, nous avons ouvert certains secteurs de l’usine pour satisfaire la demande des clients. Nous avons adopté le passage en 2 fois 8 heures permettant une plus grande amplitude de travail et en même temps de limiter le personnel sur les îlots de production : 2 personnes pour 4 machines.

Pour arriver à cette stratégie, nous avions travaillé en amont pendant le confinement pour mettre en place les équipes, et cibler les postes où la charge de travail est importante à faire fonctionner en priorité.

À ce jour, la production se met petit à petit en route, nous ne cherchons pas la productivité mais à redémarrer l’activité en protégeant les salariés au maximum.

Quelles mesures votre employeur a-t-il mises en place ?

Pour la sécurité des employés, un protocole d’entrée dans l’usine a été installé. Elles sont les suivantes :

  • tous les accès de l’usine sont fermés. Les visiteurs sont interdits (commerciaux, clients) ;
  • une seule et unique entrée est possible pour les salariés à des heures bien précises, le reste du temps, cette entrée est également fermée.

Des mesures de sécurité ont été mises en place lors de l’arrivée du salarié :

  • inscription sur un registre de l’arrivée du salarié ;
  • lavage obligatoire des mains avec du gel hydro-alcoolique ;
  • Prise de température du salarié à l’aide de thermomètres auriculaires par un responsable ayant effectué en amont les mêmes procédures. Si la température du salarié dépasse la limite de 37°8, celui-ci doit quitter l’usine. La prise de température sur le site n’est pas obligatoire mais la personne doit attester sur l’honneur d’avoir effectué cette prise de température à domicile. Tous les salariés paraphent ensuite un document pour attester la réalisation de celle-ci) ;
  • Remise de protections nécessaires suivant leur demande : 2 masques par jour, gants en latex, lunettes de protection ou visières (nominatives et réutilisables) et bouteilles d’eau.

Des pôles de désinfection ont été également installés dans l’usine à plusieurs endroits stratégiques. Ils contiennent du gel hydro-alcoolique, du désinfectant en spray et des bobines de papier. Tous les salariés sont tenus de désinfecter les outillages communs ainsi que les poignées et claviers des machines avant le changement de poste. La circulation est marquée par un balisage au sol et à sens unique dans toute l’usine pour éviter les croisements. Le départ du salarié en équipe du matin s’effectue 5 minutes avant la personne qui reprend le poste d’après-midi.

Les mesures préventives face à la menace sanitaire sont-elles suffisantes ?

Pour ce qui est de notre usine, je pense que la direction a mis tous les moyens nécessaires pour protéger le salarié. Il était fondamental d’apporter un sentiment de sécurité vis-à-vis de nos collègues. À ce jour, il n’y a pas eu de remontée négative de nos protocoles.

C’est une guerre sans canons, sans fusils, mais qui nous décime mondialement

Quels changements dans votre vie cela pose-t-il ?

Le confinement est très compliqué sur le plan personnel. Nous sommes coupés de toutes relations avec nos proches, ce qui rend la vie quotidienne difficile. Heureusement, la technologie nous permet d’avoir des nouvelles de nos êtres chers. L’isolement est tout de même très difficile à supporter.

Personnellement, quel est votre ressenti sur la situation ?

Il va être très difficile de se relever de ce KO mondial. Il va falloir, je pense, faire beaucoup d’efforts individuels dans les années à venir. C’est une guerre sans canons, sans fusils, mais qui nous décime mondialement. Économiquement, je pense que beaucoup de familles vont être impactées par cette pandémie. Je pense à la perte de leur emploi, aux fermetures de commerces, d’usines, et aux licenciements.

 

PROFESSEUR DE LYCÉE.

par Jean-Philippe VALETTE, professeur de physique et professeur principal

Photo : Quentin Machado 

Comment arrivez-vous à coordonner les cours pour les élèves?

Globalement toutes mes classes ont développé l’entraide et l’échange sur la plateforme Discord, ce qui rend la communication plus fonctionnelle et réactive. Le reste du temps, je passe par un padlet pour déposer tous les cours, activités, vidéos et corrections. Ainsi, les élèves peuvent le consulter quand ils veulent. J’envoie chaque semaine un message par le biais d’Ecole directe pour prévenir du dépôt des cours sur le padlet et du travail à effectuer.

Quelles conséquences pensez-vous que ce confinement pourra avoir sur le programme scolaire?

Personnellement, le programme de chaque classe sera terminé dans les temps impartis. L’échange avec la classe n’existant plus (en dehors des FAQ sur Discord), on gagne du temps. Bien sûr, cela va perturber certains élèves qui ont besoin de cet interactivité avec l’enseignant pour l’acquisition des notions. Donc le programme scolaire ne sera pas, à mon avis, perturbé.

Arrivez-vous à démêler les ordres toujours changeants du gouvernement et à les appliquer?

À propos de la communication gouvernementale, une règle simple : on voit et s’adapte au jour le jour… Carpe diem. Je pense que le gouvernement ne maîtrise pas tout et c’est normal. C’est une situation exceptionnelle.

Plus personnellement, quels changements dans votre vie sont survenus?

Au niveau professionnel, c’est une formidable opportunité de se former aux nouvelles technologies et plateformes d’échanges. Une nouvelle façon d’appréhender l’éducation, les cours et l’échange, et les réunions entre collègues. À nous de prendre le pas et de nous adapter.

Sur le plan personnel, nous avons mis en place une organisation, c’est nécessaire. On joue et échange plus en famille. Nous sommes des privilégiés car nous avons un grand jardin et donc le confinement n’est pas vécu comme un emprisonnement…

Quel est votre ressenti sur la situation?

Tous ces outils ne remplacent en rien l’échange physique entre la famille et les amis. On se rend compte que les sorties, les discussions face à face sont très importantes pour le développement personnel et que les réseaux sociaux ne sont pas un intermédiaire.

 

RESPONSABLE DE NIVEAU.

par Géry FAIVRE D’ARCIER, responsable du niveau seconde

Comment arrivez-vous à coordonner la continuité scolaire ?

Cela se fait grâce à la communication entre collègues mais aussi, et avant tout, grâce au professionnalisme et à la bienveillance de l’équipe éducative et de l’équipe de direction qui font en sorte que la continuité puisse être assurée au mieux et pour tous.

Quelles conséquences pensez-vous que ce confinement pourra avoir sur le programme scolaire ?

C’est une expérience nouvelle qui, j’en suis certain, permettra à bon nombre d’élèves de développer leur autonomie dans le travail. Cela nous a sans doute obligé aussi, élèves comme professeurs, à basculer plus encore vers l’outil numérique. Concernant les programmes scolaires, il est un peu tôt pour y répondre mais il me semble que les élèves par leur assiduité, leur travail et leur autonomie, auront avancé dans leurs apprentissages.

Arrivez-vous à démêler les ordres toujours changeants du gouvernement et à les appliquer ?

Nous sommes tous face à une situation de crise et il nous faut pour cela être capable de nous adapter et nous nous adaptons.

Plus personnellement, quels changements dans votre vie la crise a-t-elle causée ? Quel est votre ressenti sur la situation?

Personnellement, j’ai découvert de nouveaux outils informatiques qui m’ont permis de faire évoluer mon enseignement face à cette situation de crise. C’est un moment difficile pour beaucoup d’entre nous mais qui, heureusement je l’espère, ne devrait pas s’éterniser.

 

CHEF D’ÉTABLISSEMENT.

par Brigitte VISENTINI, directrice du collège

Comment gérez-vous la coordination de l’établissement durant la crise ?

Nous gérons la coordination de la façon suivante : avec ma collègue Madame Martinez, nous assurons donc une permanence d’une demi-journée. Nous sommes soit du matin soit d’après-midi. Si nous sommes du matin, le chef d’établissement qui est présent accueille les enfants et le personnel qui est venu s’occuper des petits élèves dans une classe unique et, si nous sommes d’après-midi, à 5 heures et demi, nous accueillons à nouveau les parents qui viennent chercher les enfants. Et chaque fois nous accueillons les personnes qui, par tranche horaire, prennent la relève de leur collègue.

De combien d’enfants vous occupez-vous pour l’instant ?

Nous avons 7 enfants. Ils s’échelonnent de la maternelle toute petite section jusqu’au CM2. Toutes les tranches d’âge ou à peu près sont représentées.

L’atmosphère générale dans le corps enseignant est-elle détendue ou trop tendue ?

La question peut être posée. Moi, je trouve que les professeurs ont tout de suite pris le rythme du travail, ils ont pris aussi la mesure de cette tâche qui est tout à fait nouvelle, mais ils ont toujours eu en tête de rassurer les enfants et les familles.

Vos élèves sont-ils inquiets, que vous font-ils remonter ?

Les élèves ne sont pas très inquiets. Lorsqu’ils manifestent quelques signes d’inquiétude, ce sont des signes d’inquiétude pédagogiques. Il y a toujours quelqu’un pour leur répondre. Si c’est moi qui ai l’appel des parents, je contacte le professeur principal et je rappelle la famille. Si ce sont les professeurs principaux qui ont l’appel par messagerie,  ils reviennent aussitôt vers la personne, le papa ou la maman ou l’élève qui les a contactés. Ce qui est très important pour moi de dire, c’est qu’il y a toujours un lien et que ce lien ne s’est jamais jamais coupé. Les enfants sont à la maison mais comme s’ils étaient à l’école ; rassurés et paisibles, dans la mesure du possible, vu les circonstances.

 

CHRONIQUE : DES ENFANTS DE SOIGNANTS.

texte d’Isabelle Gabrieli, témoignage d’une enseignante qui est allée garder les enfants de nos soignants.

Dans la cour de l’école désertée, les enfants de nos soignants sont les mêmes que n’importe quels enfants, partout ailleurs. On pourrait croire que l’insouciance les habite. Pourtant, sous les rires, le regard est inquiet, l’ennui point.

Trois semaines déjà de ce régime de semi-liberté. Le temps s’écoule entre les devoirs et la classe le matin, et ses récréations sans fin ; jouer avec l’eau, courir après les poules, nourrir les poules, pédaler follement sur des karts enfantins, trop petits pour certains, qui leur laissent des bleus aux genoux. Les tours de cour s’enchaînent aux tours de cour.

La disparité des âges n’entame en rien une certaine complicité, un peu décalée mais toujours bienveillante.

La salle de classe a été aménagée. Quelques tables et chaises recouvertes de tapis de gymnastique forment l’enceinte d’un château fort où les enfants aiment se rassembler pour effectuer leurs devoirs ou simplement dessiner. L’instinct grégaire dans l’adversité.

 

Du chef d’entreprise à l’employé, en passant par nos héros soignants du quotidien, mais aussi les lycéens et professeurs, en quête d’une scolarité stable, la France se mobilise pour faire face à cette crise inédite, compliquant la vie de tous, tenant le coup malgré le stress ou la solitude, la routine ou l’angoisse, astucieux et novateurs, se serrant les coudes pour combattre ensemble.

 

photo à la Une : Image par rottonara de Pixabay en ligne sur https://pixabay.com/fr/photos/masque-virus-pand%C3%A9mie-coronavirus-4934337 

0 Shares:
Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

You May Also Like